La route illuminée
"L'esprit est la réalisation créatrice de chaque instant, l'intégration du commencement et de la fin en une synthèse
dont la naissance et la signification se renouvellent à chaque instant" (Dane Rudhyar)
 
 
"Apprenez vos théories aussi bien que vous le pouvez puis mettez les de côté quand vous entrez en contact avec le vivant miracle de l'âme humaine." C.G Jung

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LA STATION LUNE - dans le Triptyque Astrologique de Dane RUDHYAR
"La première chose à faire c'est partir : c'est le commencement et la base de toute aventure. Il faut ensuite trouver la direction à prendre.

Elle doit nous conduire loin de ce que nous sommes au départ, loin de toutes nos occupations coutumières : une réorientation radicale est nécessaire.

Le symbole de ce premier pas dans notre aventure est la Lune. Il nous faut atteindre la "face cachée de la Lune". Elle deviendra une plateforme où nous pourrons inspecter le système solaire tout entier. Nous pourrons l'observer d'un point de vue non plus géocentrique (centré sur la terre), mais héliocentrique (centré sur le Soleil), en prenant comme base l'orbite de notre satellite qui définit les frontières de la Terre en tant que tout planétaire - ce que les anciens appelaient la sphère sublunaire ou le monde astral. Une fois cette sphère dépassée, notre champ de vision cesse d'être géocentrique : il devient, au moins virtuellement, héliocentrique. Et nous pouvons dès lors considérer le système solaire comme le champ d'activité cosmique défini par les frontières que délimite l'orbite de Saturne.

Au sens symbolique le plus profond, la Lune représente le sens primordial - le sentiment presque instinctif - d'être quelqu'un qui affronte un environnement complexe auquel il réagit de manière spontanée, organique et caractéristique. C'est la base première du sens ou sentiment d'égo ; mais la structure réelle de l'égo, en tant que facteur psychologique défini, ne se développe que par rapport aux pressions de l'environnement familial et social. Saturne, avec ses anneaux, symbolise cette structure qui définit les réponses particulières de chacun aux contraintes et exigences de la vie quotidienne.

C'est à ce niveau lunaire de conscience, où nous nous sentons une personne avec un caractère défini, que nous devons commencer notre pèlerinage vers les étoiles. Il faut mettre en question ce sentiment d'être un moi, examiner son mode d'opération avec un sens critique. Il faut contester la valeur des formes rigides qu'il a sans doute prises sous l'influence de Saturne - influence d'une famille d'une religion, d'une culture et d'un environnement social définis ; mais cela ne veut pas dire que le sens d'égo va se dissiper, loin de là ! Ce qui est en jeu, c'est seulement la nécessité de "considérer" objectivement l'origine de ce moi et la façon dont il a pris une forme déterminée, en tant que cadre de référence qui contrôle la plupart des réactions personnelles.

entité isolée, mais bien plus l'intégrer dans un ensemble beaucoup plus "Con-sidérer" signifie littéralement, "avec les étoiles" (cum sidera) - éthymologie révélatrice ! Considérer un fait, c'est tâcher de découvrir la position et la signification qu'il a par rapport à l'univers tout entier. Ce n'est pas seulement en prendre connaissance comme si c'était une vaste où il remplit une fonction organique. Lorsque notre conscience de l'univers passe du niveau centré sur la Terre au niveau centré sur le Soleil, nous "re-considérons" notre planète ; nous la voyons comme partie intégrante du système solaire. Un pas de plus et nous en venons à considérer le système solaire tout entier comme une entité complexe qui occupe une place définie dans notre Galaxie, la Voie Lactée. Ce changement de perspective n'est possible que si l'on reconsidère aussi la signification qu'a l'existence humaine sur la Terre. C'est là la première étape sur la Route Illuminée : une réorientation radicale de la conscience de soi et de sa valeur. Symboliquement, c'est accepter consciemment et irrévocablement une position nouvelle, non plus seulement à la surface de la Terre, mais par rapport au champ d'action immense du système solaire. (Lire aussi "la conscience de l'Atome" d'A.A. Bailey)

Du point de vue symbolique que nous utilisons, ce changement de perspective transforme la nature du rapport entre la Lune et Saturne - point détaillé à la station saturne). La connexion entre la Lune et Saturne doit être remplacée, au moins partiellement et dans l'idéal, par la réalisation intense et ardente de la relation essentielle qui lie la Lune au Soleil. La Lune devient alors la porte d'entrée, axée sur le Soleil, du système solaire dans son ensemble.

Pour le primitif, le Lune et le Soleil représentent les deux polarités de la vie ; mais cette expérience est presque entièrement inconsciente au niveau de l'animal et même de l'état tribal. La Lune et le Soleil sont les deux "luminaires" qui éclairent les expériences nocturnes et diurnes.

L'être humain répond passivement à ce rythme soli-lunaire, simplement parce qu'il vit dans la biosphère terrestre. L'homme adore le Soleil, mais n'a pas conscience du système solaire en tant que champ d'activité cosmique. Il est totalement dominé par les forces vitales et par le fait d'exister sur la Terre : cette vie, cette Terre, occupent le centre de son être conscient. Peu à peu cependant, sous l'influence symbolique de Saturne, il se sent de plus en plus une personne avec un caractère particulier - un moi séparé d'autres "moi".

Tout en restant attaché à la Terre, il passe d'un état "bio-centrique" à un état "égo-centrique".

Pleine lune

A ce stade préliminaire de la grande aventure sur la Route Illuminée, l'être humain est prêt à commencer son long et périlleux voyage vers les étoiles ; il s'est libéré de l'étreinte étouffante de Saturne et s'est délibérément tourné vers le Soleil. Il commence à "sentir" de façon encore obscure et incertaine -l'existence d'une Route Illuminée et la relation qu'elle a avec les pulsations primordiales de la vie, c'est-à-dire les mouvements centrifuge et centripète dont j'ai déjà parlé. La conscience humaine maintenant individualisée, se rend peu à peu compte qu'il y a un troisième mouvement qui part du "Coeur du Soleil" (1) vers le centre de la galaxie. Cette Route Illuminée est ce que les philosophes mystiques ont appelé le Chemin de Retour. Considérons d'un point de vue héliocentrique les deux mouvements de la force vitale : le premier représente un rayonnement centrifuge d'énergie formatrice qui part du Soleil et se termine à l'orbite de Saturne (2), le second résulte du rebondissement de cette activité formatrice, en résonance puissante tournée maintenant vers le Soleil, l'énergie vitale transformée élabore des structures mentales et des institutions sociales. Ces deux mouvements constituent une oscillation perpétuelle, une circulation de l'énergie solaire. L'activité centrifuge et la conscience tournée vers le centre de l'être agissent et réagissent l'une sur l'autre, jusqu'au moment où le cycle de la vie se termine dans l'épuisement de son potentiel énergétique, et l'organisme se désintègre. Pour le bouddhisme, c'est la Roue de la vie et de la mort, Samsara.

Pour l'homme il y a toutefois une possibilité d'un troisième mouvement ; et çà et là des individus y répondent. Il s'affranchissent du rythme de l'énergie vitale qui circule au niveau de la Lune et, après avoir réorienté leur vie affective, ils peuvent observer le déclin du pouvoir saturnien "égo-centrique", tandis que s'affirme de plus en plus la puissance solaire "hélio-centrique". Ils commencent à sentir, à penser, à agir comme si le centre de leur être était établi dans le Coeur du Soleil. Et là, dans ce Coeur solaire qui n'est que lumière résonnant aux rythmes infiniment plus vastes de la Galaxie, ils s'identifient à un "Rayon solaire" qui, bien au-delà de Saturne, peut atteindre le centre galactique. Pour un esprit humain capable de concevoir des espaces cosmiques mesurés en années-lumière, ce centre devient maintenant le symbole concret de la puissance cosmique qui se dissimulait jusqu'à nos jours sous le terme "Dieu, notre Dieu.

La Route Illuminée est le chemin suivi par le Rayon solaire, ce Rayon qui relie un Soleil (qui est aussi une étoile) au centre galactique. Nul ne peut s'avancer sur ce chemin s'il n'a pas réorienté son sentiment d'identité personnelle, en s'affranchissant des schémas égocentriques saturniens et en se soumettant au pouvoir du Soleil. C'est alors, et alors seulement, que le Soleil peut être considéré comme symbolisant l'âme de l'individu libéré - une âme maintenant individuelle et unique.

La substance même de ce chemin est faite de lumière ; mais les fantômes d'un passé égocentrique et géocentrique peuvent encore y>projeter des ombres sinistres et entravent la joie. Le destin du voyageur dépend entièrement de sa foi, de son courage, et de sa capacité de surmonter le pouvoir torturant de la peur et de l'isolement apparent,sans dévier du chemin tracé par la Rayon solaire.

Sur ce chemin, l'âme s'avance toute seule, bien que ce sentiment d'isolement soit la grande illusion. Tout soleil doit se sentir solitaire jusqu'au moment où le Rayon solaire traverse les frontières saturniennes. Tout individu vraiment autonome doit découvrir de lui-même et pour lui-même le chemin de l'Etoile, symbole de la place qu'il occupe et de la fonction qu'il remplit dans le grand Tout galactique : son “identité" spirituelle et cosmique.

La présence de cette étoile n'apparaît que lorsque l'individu à la conscience réorientée et renouvelée contemple le ciel immense, clair et froid derrière la face cachée de la Pleine Lune. Derrière lui, le Soleil ; devant lui, son Etoile. Mais personne ne peut atteindre directement cette étoile, si ce n'est pour l'identification à ce Rayon solaire qui est lumière et amour - un amour transfiguré par la lumière qui s'épanche du Coeur du Soleil. Ainsi, l'individu qui fait face au ciel lunaire rempli d'étoiles se trouve confronté à un paradoxe fondamental : le chemin qui pourrait le conduire à son étoile part au début dans la direction opposée. Il doit oublier cette étoile et se mettre à la recherche du rayon solaire, seul guide auquel il peut se fier. Il ne peut atteindre son Etoile que s'il est Un avec un Rayon solaire. Le Soi-Etoile ne peut être atteint que dans l'abandon du moi et le don total au Rayon solaire, c'est à dire à la puissance radieuse de l'âme devenue Soleil.

développement de la conscience personnelle. Ces étapes, nous Tout au long de la Route Illuminée, l'esprit humain se voit confronté à des paradoxes. Après avoir quitté le Coeur du soleil et au cours de son voyage vers l'étoile, l'esprit passe par les mêmes étapes que la force vitale lors de l'établissement des formes existentielles et du pouvons les associer symboliquement aux planètes du système solaire; mais elles représentent maintenant un aspect foncièrement différent de la réalité. Elles nous apparaissent alors comme des stations sur la Route Illuminée.

Pour l'esprit égocentrique de l'homme moyen, ces stations peuvent paraître un "Chemin de Croix" qui mène inévitablement au Golgotha et la Route Illuminée prend l'aspect d'une Via dolorosa. Mais pour celui qui a totalement réorienté ses émotions et sa foi, pour celui qui est devenu, au plus profond de son être, la Route Illuminée elle-même, le sentier où il avance est un chemin embrasé, une Via ardens - un sentier de feu qui irradie une lumière troublante et mystérieuse, alors que le regard du voyageur est rivé sur l'Etoile.
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radicalement de celui de Soleil, en tant qu'origine et centre d'un (1) Le terme "Coeur du Soleil" est tout à fait symbolique. Il se rapporte à une réalité mystérieuse qui nous semble cachée par la zone des rayonnements atomiques qui constituent la photosphère. Cette réalité est celle du Soleil en tant qu'étoile. Cet état d'étoile diffère système planétaire. Ces deux façons d'interpréter le caractère du Soleil sont très importantes dans ce livre et sont développées dans un autre volume, “La dimension galactique de l’astrologie” - au chapitre “Le Soleil est aussi une étoile”.

2) Les planètes trans-saturniennes, au-delà des frontières définies par cette orbite, n'appartiennent pas précisément au système solaire, ainsi que je l'ai déjà indiqué dans le livre "La pratique de l'astrologie" et aussi dans le plus récent "La dimension galactique de l'astrologie".

Dane Rudhyar.