La route illuminée
"L'esprit est la réalisation créatrice de chaque instant, l'intégration du commencement et de la fin en une synthèse
dont la naissance et la signification se renouvellent à chaque instant" (Dane Rudhyar)
 
 
"Apprenez vos théories aussi bien que vous le pouvez puis mettez les de côté quand vous entrez en contact avec le vivant miracle de l'âme humaine." C.G Jung

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Ayant fermé son site consacré à Dane Rudhyar et sa philosophie, Adèle m'a confié la sauvegarde de son travail que vous retrouvez donc ici. Bonne lecture .....


Le Rudhyar Essentiel - Extrait 4

11. Le cycle de l'être

Nous en venons à la question métaphysique la plus fondamentale : pourquoi y a-t-il quelque chose (être) au lieu de rien (non-être) ? L'esprit religieux demande : pourquoi Dieu ou l'esprit (au sens non personnel) a-t-il créé l'univers ? Pour l'Hindou type, la création est le Jeu (lilâ) de Brahma. La théologie chrétienne parle, elle, d'un Plan divin, selon lequel Dieu crée l'univers à partir de rien et révèle la plénitude de sa divinité à ses créatures ; au sein de ce Plan, le péché originel incite Dieu à révéler son immense compassion en sacrifiant son Fils unique pour racheter l'humanité pécheresse. La science moderne propose le scénario d'un Big Bang initial et initiateur, et d'un processus consécutif d'évolution procédant du hasard et de la "loi naturelle". Rudhyar n'a jamais pu accepter ni le Plan de rédemption, ni l'idée de Jeu divin, pas plus que l'interaction sans but hasard-loi (sans législateur). Pour lui, comme pour le philosophe hindou, l'existence est cyclique, que ce soit en termes cosmiques ou humains. Un cosmos ou un être humain naît en réponse à un besoin parce qu'il est appelé par le pas suivant ou la phase dans le Mouvement de la Totalité.

Quatre points tournants et quatre quadrants significatifs résultent du mouvement cyclique et symétrique de deux forces opposées, au sein d'un champ fini d'activité, l'une croissant alors que l'autre décroît. En deux points de ce cycle, les forces sont égales, l'une continuant à croître et l'autre étant sur son déclin. En deux autres points, une force atteint le maximum de sa puissance tandis que l'autre est au plus faible. Le symbolisme qui s'attache aux points tournants, hémicycles et quadrants dérive du cycle diurne. Mais il faut garder à l'esprit le fait que, dans cette application, la "lumière" du jour n'est jamais totalement absente des "ténèbres" de la nuit et vice-versa. Le cycle de l'être ne commence ni ne finit jamais ; mais pour en parler, il faut choisir un point de départ. Au lever symbolique du Soleil, les principes d'Unité et de Multiplicité sont en équilibre, le principe de Multiplicité croissant, commence à surpasser la puissance du principe d'Unité. Au niveau cosmologique, c'est la création, la "naissance" d'un univers. Entre les Lever et Coucher symboliques du Soleil, le principe de Multiplicité est plus fort que le principe d'Unité. Cet hémicycle de jour représente donc ce que nous expérimentons en tant que monde d'existence, dominé par l'objectivité, mais qui inclut des activités subjectives intériorisées, représentées par le principe d'Unité, moins puissant mais toujours présent. Pour un être humain, le Lever du Soleil représente le moment de la naissance ; le Coucher du Soleil, la mort du corps physique.

Au Coucher symbolique du Soleil, les principes d'Unité et de Multiplicité sont à nouveau de force égale ; mais le principe d'Unité, qui a cru depuis le Midi symbolique, va bientôt dépasser en force le principe de Multiplicité. L'hémicycle de nuit, du Coucher au Lever du Soleil suivant, pendant lequel le principe d'Unité est plus fort que le principe de Multiplicité, représente une condition d'être dont on parle habituellement en termes négatifs : non-être, non-existence, non-manifestation, intemporel, immuable. Pour Rudhyar, ces termes sont inadéquats. Le Mouvement de la Totalité est une affirmation d'être totale et tout-inclusive ; il ne peut y avoir de "non-être" dans le "cycle de l'être". Par suite, cette moitié du cycle représente une condition d'être à prédominance subjective, dominée par l'activité subjective (qui n'est cependant pas la "non activité", moins objective que la matière physique : un genre de matière de plus en plus subtile et homogène (non différenciée) ). Par contraste avec le terme existence qui s'applique à l'hémicycle de Jour. Rudhyar a forgé le mot instence qui se rapporte à la partie nocturne du cycle.

Le lever du Soleil symbolise l'état de potentialité où commence un cycle d'existence (qui est une moitié du cycle total de l'être). Il représente une "condition de semence", "l'Oeuf cosmique". Cette condition alpha est "la forme dotée de pouvoir". Ce pouvoir est l'énergie du Mouvement de la Totalité. Les religions appellent ce pouvoir et cette condition, Dieu Créateur. Toutefois, pour Rudhyar, Dieu n'est pas "extérieur" au Mouvement de la Totalité qui est vraiment toute-inclusive (qu'est-ce qui pourrait être "extérieur" à la Totalité ?) ; mais c'est une phase et une action dans cette Totalité, tout comme l'Homme. Cette idée de voir Dieu et l'activité divine comme une série de phases et d'états au sein du cycle de l'être, est à coup sûr révolutionnaire. C'est peut-être l'idée la plus frappante qu'ait présenté Rudhyar. Il symbolise cette phase de façon aussi impersonnelle que possible en utilisant le terme Verbe créateur ou Logos.

Le verbe créateur est formulé, entre Minuit et le Lever du Soleil, par ce que Rudhyar appelle le Mentat divin, l'activité à prédominance subjective qui oeuvre quand le principe d'Unité est plus fort que le principe de Multiplicité, néanmoins en train de croître. Ce processus se rapporte à l'activité de ce que les cosmogonies religieuses et ésotériques appellent les Hiérarchies créatrices qui élaborent les fondements archétypiques de l'univers matériel. Du Lever du Soleil à Midi, lorsque la force du principe de Multiplicité est supérieure à celle du principe d'Unité, le Verbe créateur "descend" cycliquement et se différencie (involution) en "Lettres" spécifiques qui se focalisent et se limitent de plus en plus en tant qu'archétypes. Ces principes, formes et formules d'organisation structurent - et simultanément se lient progressivement à - des substances matérielles et des systèmes en évolution qui se répondent tout en se différenciant. Cette matière est le chaos presque - mais pas tout à fait - absolu des déchets en décomposition provenant du cycle précédent. Elle est d'abord presque totalement indifférente aux principes d'organisation. Au fur et à mesure que les archétypes "descendent" et se différencient, ils organisent la matière et s'incorporent dans des systèmes matériels (atomes, galaxies, systèmes solaires, planètes) qui répondent progressivement,  puis dans des organisations matérielles suffisamment complexes, raffinées et sensitives pour répondre au niveau d'organisation que nous appelons la vie.

Au Midi symbolique, le principe de Multiplicité atteint sa force maximum. La différenciation "triomphe" lorsque la vie produit l'espèce biologique Homo Sapiens, extrêmement complexe, raffinée et sensitive, que Rudhyar appelle l'Homme naturel. Puis à partir du moment où les préhominiens commencent à répondre à la "descente" d'archétypes vraiment humains, c'est à dire mentaux, le processus de l'évolution humaine commence. Il se termine et le cycle complet de l'être culmine au Coucher symbolique du Soleil, dans une condition oméga qui actualise pleinement la condition alpha symbolisée par le Lever du Soleil. Rudhyar donne le nom d'Homme Illuminé à l'état de perfection symbolisé par le Coucher du Soleil. Par rapport à la condition humaine actuelle,  c'est un état d'activité suprahumaine ou transhumaine ; par rapport au processus global de l'évolution humaine, c'est la pleine actualisation du potentiel humain, c'est à dire de l'archétype Homme (Anthropos). L'homme Illuminé est la collectivité planétaire des êtres qui atteignent cet état. Comme, au moment du Coucher symbolique du Soleil, les principes d'Unité et de Multiplicité sont en équilibre, et la différenciation aboutie, l'activité et la volonté équilibrent l'unicité de conscience de cette collectivité.

Après le Coucher symbolique du Soleil, comme le principe d'Unité surpasse en force le principe de Multiplicité, cette collectivité devient de plus en plus unifiée et unanime (littéralement : d'une seule âme). Rudhyar appelle cet état le Plérome, ancien terme gnostique qui signifie accomplissement ou plénitude d'être. L'état Plérome évolue des plus subjectivement, équilibrant ainsi, en quelque sorte, la période d'évolution matérielle du cosmos (entre le Lever du Soleil et Midi). Il y a des successions de Pléromes, chacun plus inclusifs que le précédant. Au Minuit symbolique, cette évolution atteint un état presque statique de subjectivité et d'unicité que Rudhyar appelle l'état "Dieu Essence". Il ne considère pas cet état comme "l'Absolu", comme l'ont fait nombre de mystiques, de philosophes et de théologiens. Pour lui, si l'on peut parler de "l'Absolu", le terme devrait se rapporter à la Totalité. Il ne considère pas non plus cet état d'unité et de subjectivité maximum comme la "réalité", par opposition à "l'irréalité" ou "illusion" du monde existentiel : pour Rudhyar, l'unité n'est pas plus "réelle" que la multiplicité ; la réalité est l'interaction cyclique entre les deux. L'état Dieu Essence n'est pas plus un Etre suprême totalement transcendant et "extérieur" au cycle de l'être ; comme le Dieu Créateur, c'est une phase et une action de ce cycle et dans ce cycle.

Dans l'unicité presque absolue de l'état Dieu Essence, et inhérente à cet état, la compassion toute-inclusive de la Totalité oblige à la conception, puis (lors du Lever symbolique du Soleil) à la naissance d'un nouvel univers (bien que le temps n'existe pas pendant l'hémicycle d'inistence, on pourrait dire à la rigueur qu'il "iniste" ou que les processus de changement "perdurent"). Toutefois, si le cycle de l'être culmine dans l'état d'Homme Illuminé, tous les êtres humains n'atteignent pas cet état ; nombreux sont ceux qui échouent partiellement ou totalement dans l'actualisation du potentiel inhérent à l'Homme archétypique. Dans la plupart des cas, l'échec n'est que partiel si on le considère par rapport à la perfection. Ces échecs font en quelque sorte partie intégrante du système. Ceux qui atteignent la perfection en ont besoin et en sont responsables : les semences qui attendent la germination pendant l'hiver ont besoin qu'il y ait eu auparavant des feuilles vertes et des fleurs. Mais fleurs et feuilles se fanent inévitablement, meurent et se délitent en humus d'où de futures générations de plantes tireront leur nourriture.

L'unicité presque absolue de l'état Dieu-Essence inclut la responsabilité et le besoin de ces sous-produits ; leur présence, même "inistence", provoque la compassion de l'état Dieu Essence pour qu'il conçoive un nouvel univers où ils auront une "seconde chance" d'atteindre l'Illumination.


•States of predominant subjectivity : états de subjectivité prédominante
•Inistence : inistence
•States of predominate objectivity : états d'objectivité prédominante : l'univers objectif
•Existence : existence
•The gate of sound : la porte du son
•The gate of silence : la porte du silence
•Sunrise : le Lever de Soleil
•Creative act : L'Acte créateur
•The world-logos : Le Verbe, le Logos
•Noon : Midi
•Natural Man : L'homme naturel
•The Avatar : l'Avatar
•Sunset : Coucher de Soleil
•Illumined Man : l'Homme Illuminé
•Midnight : Minuit
•The Godhead : le Dieu Essence
•From the beginning of the universe to Homo Sapiens : du commencement de l'univers à l'Homo Sapiens
•The process of development of individual consciousness : le processus de développement de la conscience individualisée
•Spiritual Pleromes of increasingly unified being : Pléromes spirituels d'êtres de plus en plus unifiés
•Creative Hierarchies and the Formation of Archetypes : hiérarchies Créatrices et formation d'Archétypes