La route illuminée
"L'esprit est la réalisation créatrice de chaque instant, l'intégration du commencement et de la fin en une synthèse
dont la naissance et la signification se renouvellent à chaque instant" (Dane Rudhyar)
 
 
"Apprenez vos théories aussi bien que vous le pouvez puis mettez les de côté quand vous entrez en contact avec le vivant miracle de l'âme humaine." C.G Jung

   Accueil      Le Rudhyar essentiel - 7 -


Ayant fermé son site consacré à Dane Rudhyar et sa philosophie, Adèle m'a confié la sauvegarde de son travail que vous retrouvez donc ici. Bonne lecture .....


Le Rudhyar Essentiel - Extrait 7

14. Nature et fonction du mentat

Pour Rudhyar, le but de l'évolution humaine dans l'ère actuelle est le développement d'un "mentat" individualisé, stable et centralisé, capable de traiter des principes et processus archétypiques, capable de donner un sens à toutes les facettes de l'expérience qui sont en relation les unes avec les autres. Ce "mentat", que Rudhyar appelle le mentat de la totalité, est le "creuset alchimique" ou le lieu de rencontre nécessaire pour contenir le "mariage divin" entre la Qualité spirituelle et la personnalité humaine.

Dans un sens plus large, le "mentat" est, pour Rudhyar, la conscience formée, la conscience étant à son tour inséparable de tout genre d'activité organisée au sein d'un champ défini. Le "mentat" opère à tous les niveaux en tant que principe formateur universel. Cependant, la forme divise inévitablement l'existence en "intérieur" et "extérieur", soi et non-soi. En tant que principe formateur, le "mentat" traite donc de dualités. Pour Rudhyar, il est basé sur l'interaction de deux principes d'être, l'Unité et la Multiplicité (ou Yin et Yang). Cette interaction doit être cyclique et équilibrée, aussi longtemps que nous considérons le mouvement et l'activité comme la base de l'être et l'expérience du changement comme la réalité inéluctable de l'existence humaine. Par la suite, sous son aspect le plus élevé (le plus inclusif), le "mentat" établit et/ou révèle la place et la fonction de toute chose en relation avec toute autre chose.

Donc, dans un sens philosophique global, la conception qu'a Rudhyar du "mentat" distingue son point de vue métaphysique des autres que l'on peut considérer en fin de compte comme dualistes. La plus grande partie du paradigme philosophique du "nouvel âge" en cours de développement est basée sur un dualisme (reflet du point de vue hindou popularisé) entre une condition suprême, transcendante, intemporelle et immuable (la Réalité avec un R majuscule) et l'illusion (maya) du monde existentiel. Ce dualisme se retrouve dans le contraste platonicien entre un domaine d'archétypes immuables et un monde existentiel vu comme des ombres vacillantes projetées sur les murs d'une caverne ; il se retrouve dans le contraste chrétien entre l'esprit divin et la nature humaine pécheresse. Mais aucun de ces dualismes n'est atténué ou réconcilié par quelque chose "entre", par un facteur médiateur et intégrateur qui relie les deux domaines ou conditions opposés de façon convaincante ou dans un but précis. Au contraire, pour Rudhyar, ces deux domaines, ordres ou dimensions d'être sont toujours, à un degré ou un autre, en inter-relation, s'interpénètrent, et le "mentat" est toujours le médiateur qui relie.

Pendant la période du cycle universel de l'être située entre Minuit et le Lever du Soleil, le "mentat" équilibre les principes d'Unité et de Multiplicité en concentrant la compassion suprême qui rayonne de l'état Dieu-Essence dans des formes et formules de relation largement définies. Le "mentat" est ici évolutif et opère au moyen de Hiérarchies créatrices que les religions nomment diversement (par exemple les anges). Entre le Lever du Soleil et Midi, le résultat de cette activité mentale cosmogénique sert de guide au développement de systèmes matériels cosmiques (galaxies,  systèmes solaires, planètes) et à l'évolution d'ordres, de familles de genres et d'espèces biologiques. Après le Midi symbolique, l'arrivée de l'homme Naturel et sa fécondation mentale par le processus avatar (Rudhyar l'envisage comme une projection de la "vision-imagination", par l'état Dieu-Essence, d'un nouvel univers dans une potentielle "semence-Dieu" chez les êtres humains). Le "mentat" se développe, selon ses modes humain, générique, culturel, individuel et supra-individuel.

Au niveau biologique de l'évolution humaine, le "mentat" opère presque exclusivement comme serviteur des instincts, qui cherche à perpétuer la vie ; c'est un "mentat" générique. Lorsqu'il devient socio-culturel, il formule des mots, un langage, des symboles religieux et des mythes, des concepts philosophiques et un mode de vie. Ce "mentat culturel" a pour fonction de donner un ordre et un sens à l'expérience personnelle par rapport au cadre de référence collectif de la culture

Lorsque la volonté séparatrice de l'ego isole la personne de sa matrice culturelle, le "mentat" s'individualise lui aussi et essaie de ne pas rapporter l'expérience personnelle à un cadre de référence collectif. Le "mentat" qui s'individualise est tout d'abord l'intellect critique, analytique et discursif, qui glorifie le principe de la mesure et des calculs quantitatifs au détriment des valeurs qualitatives. Les concepts abstraits de raison, de logique et de "loi" naturelle remplacent les symboles, mythes et tabous traditionnels de la culture. Lorsque l'intellect analyse des réalités complexes, il les réduit à "rien que" des composants et des schémas de relation. En fin de compte, par l'analyse, il perd de vue la totalité organique d'entités et de processus qui en font partie. N'étant pas guidé par des valeurs qualitatives, le "mentat" intellectuel produit et manie une technologie puissante qui finit par devenir démente ; il en résulte une destruction et une souffrance collective et individuelle incalculables.

En fin de compte, le "mentat" commence à édifier des cadres de référence qui, bien que dotés d'un caractère individuel, sont conditonnés par le fait d'appartenir à un tout méta-culturel, méta-individuel. Le "mentat de totalité" commence à oeuvrer et à supplanter l'intellect analytique. Au lieu de réduire des réalités complexes à leurs composants, il déduit le sens de situations de l'interaction entre plusieurs niveaux d'activité qui s'interpénètrent. Il commence à voir le "terrain" à partir duquel se différencient les particularités, ainsi que leur interaction naturelle. Dans un autre sens, Rudhyar appelle cette forme d'activité mentale la "conscience éonique" (éon signifiant un cycle de temps). Il est nécessaire pour démêler plusieurs ensembles ou patterns de relation qui s'interpénètrent ; mais il garde la compréhension du tout, sans le fractionnement par l'analyse réductionniste. Il voit à la fois le tout d'un cycle de développement et ses phases et entités constitutives, ainsi que leurs inter-relations complexes. C'est avec cette forme de "mentat" que Rydhyar étudie l'histoire des hommes et l'évolution des processus au sein du champ planétaire de la terre.