La route illuminée
"L'esprit est la réalisation créatrice de chaque instant, l'intégration du commencement et de la fin en une synthèse
dont la naissance et la signification se renouvellent à chaque instant" (Dane Rudhyar)
 
 
"Apprenez vos théories aussi bien que vous le pouvez puis mettez les de côté quand vous entrez en contact avec le vivant miracle de l'âme humaine." C.G Jung

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Ayant fermé son site consacré à Dane Rudhyar et sa philosophie, Adèle m'a confié la sauvegarde de son travail que vous retrouvez donc ici. Bonne lecture .....


Le Rudhyar Essentiel - Extrait 8

15. "Tout" planétaire - Place et fonction de l'évolution dans ce "Tout"

D'une part, pour Rudhyar, la terre est le corps physique d'un "tout" planétaire (que l'on appelle parfois Gaia ou Terra) qui oeuvre et évolue aussi à des niveaux psychomental et spirituel. (Rudhyar fut un des tous premiers avocats de l'organisation globale, comme reflet socio-politique de cette réalité et, cinquante ans avant que les termes ne deviennent à la mode, il parlait de "Musique mondiale" (world music) et d' "humanité commune de l'homme"). La fonction que remplit l'humanité dans le champ total d'activité et de conscience de notre planète, pourrait être comparée au travail du système nerveux cérébro-spinal et du lobe frontal du cerveau chez un être humain : l'humanité a donc pour fonction de donner un sens, formulé consciemment, à toutes les activités qui ont lieu sur, dans ou autour de la terre. Cela implique la découverte des principes sur lesquels sont basées ces activités et l'application de ces principes sur lesquels sont basées ces activités et l'application de ces principes pour atteindre consciemment des buts précis et déterminés. mais cela pose un grand problème à l'évolution humaine : comment et par rapport à quel cadre de référence (quelles valeurs) doit-on déterminer ces buts ?

D'autre part, la biosphère terrestre est le champ vital planétaire où l'Homme archétypique développe ses potentialités, par l'intermédiaire de l'espèce biologique Homo Sapiens et de son développement dans des "touts- culture" qui donnent naissance à différents types de personnes et d'individus. On peut dire que l'activité, la conscience et l'évolution de l'humanité édifient la "psychosphère" et la "noosphère" de notre planète. La première - psychosphère - (assimilable au plan "astral" de l'occultisme populaire) se rapporte au psychisme, collectif et individuel, des cultures et des personnes. La seconde - noosphère - (terme conçu par Teilhard de Chardin) se rapporte à l'activité et à l'évolution de l'aspect rationnel du "mentat" humain. Rudhyar conçoit aussi une "pneumosphère" (sphère spirituelle) qui est actualisée par des êtres du Plérome, selon les directives d'entités encore plus élevées. La pneumosphère enveloppe et contient probablement la planète toute entière. (En tous cas, le terme "sphère" peut prêter à confusion si l'on imagine des sphères géométriques concentriques séparées les unes des autres. Sphère est utilisée ici de la même façon que l'on dit par exemple une sphère d'influence).

16. Rythmes de culture et de civilisation

Dans la même lignée que la psychosphère et la noosphère, Rudhyar présente une nouvelle image frappante qui traite de la relation entre ce qu'il appelle le processus de la civilisation et les nombreux "touts-culture" qui naissent, arrivent à maturité, se décomposent et apportent leur moisson cyclique de symboles,  d'institutions et  de formes artistiques au développement progressif de la "psychosphère" terrestre. Pour Rudhyar, la civilisation est un processus planétaire qui met en contact des cultures différentes et séparées, créant ainsi un ferment "psycho-culturel" où peuvent se libérer de nouvelles potentialités du "mentat". Le processus de la civilisation se rapporte donc au développement de la "noosphère" terrestre.

En contraste avec la culture, qui est locale, exclusiviste et anabolique (Vishnou), le processus de la civilisation est global, inclusif et (au moins à ses premiers stades et par rapport à l'exclusivisme et à l'inertie des structures culturelles) catabolique-transformateur (Shiva). Il opère par sauts de quanta pour libérer de nouvelles énergies mentales qui fécondent la substance psycho-mentale d'un "tout-culture" et son absorbées par elle. La fonction nootique d'un "tout-culture" consiste à incorporer la nouvelle qualité mentale. Mais les structures culturelles développent une inertie si puissante qu'elles résistent à la transformation et déforment souvent ou n'actualisent que partiellement les nouvelles possibilités mentales. Ainsi, des civilisations s'élèvent et tombent cycliquement et échouent souvent dans leur rôle fonctionnel ; mais le processus tout-humain (concernant la totalité de l'humanité) de la civilisation n'en continue pas moins.

Le processus de civilisation et le processus d'individualisation sont en relation étroite. En un sens, ce sont deux façons d'interpréter le même processus : la civilisation du point de vue planétaire, l'individualisation du point de vue de cultures et d'êtres humains particuliers. Dans un autre sens, le processus d'individualisation est stimulé dans un premier temps par l'interaction de la civilisation et de la culture. Quand un "tout-culture" produit des personnes au "mentat" suffisamment formé pour répondre au principe d'individualité, le processus de civilisation libère ce que Rudhyar appelle un nouveau  Ton  (ou vibration)  mental,  et  le processus d'individualisation commence à toucher à la fois la culture et les personnes qui y sont sensibles.

En termes planétaires tout-humains, on peut retrouver le début du processus d'individualisation dans ce que la tradition grecque appelle le don prométhéen que Rudhyar rapporte au commencement du processus avatarique. Par rapport au cycle actuel du développement humain, il lie ce point tournant à ce que la chronologie hindoue appelle le Kali Yuga, à la mort de l'avatar Krishna (3102 ans avant J.C.). Comme le processus de civilisation et d'individualisation mentale semble oeuvrer selon des cycles de 500 ans (et, en général, selon ce que les théosophes appellent la vibration Cinq), le processus de civilisation a atteint un autre point tournant significatif environ cinq cycles de 500 ans plus tard, au sixième siècle avant J.C., époque de Pythagore, de Gautama le Bouddha, de Lao Tseu et du dernier des Zoroastres. Dans la Grèce du sixième siècle avant J.C., la nouvelle vibration mentale prit forme dans la glorification de la raison (le nous) et le principe de la mesure. En Inde, le Bouddha enseignait l'abandon, la transcendance du système des castes et le pouvoir qu'a le "mentat" de se détacher des formes de l'existence qui engendraient dukka (la souffrance).

Cinq cycles de 500 ans plus tard, commença le 20ème siècle tumultueux qui a vu le mélange et la destruction (ou, au moins, la déstructuration) de toutes les cultures du monde lors de deux guerres mondiales, ainsi que les développements technologiques qui ont permis à l'homme de réaliser que matière et énergie sont interchangeables et de voir la totalité du globe terrestre depuis l'espace. Cette dernière possibilité en particulier a fécondé le "mentat" et l'imagination humains de nouvelles possibilités dont beaucoup sont  concentrées dans les termes "transformation"  et "transpersonnel".